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Neil Halstead (Slowdive) – INTERVIEW EXCLUSIVE (Partie 2.)

Neil Halstead

Neil Halstead

Neil Halstead, interview exclusive : suite de la partie 1 

TB : Vous vivez et écrivez votre musique la plupart du temps à Lanner, en Cornouailles, près de Newquay, en Cornouailles aussi, là où Aphex Twin a fait ses débuts. Et il y a ainsi beaucoup d’autres endroits en Grande Bretagne qui sont ainsi connus pour être la terre de naissance et d’élection de courants musicaux bien spécifiques, telle que Manchester avec Factory Records et l’Hacienda pour la new-wave, Bristol avec Massive Attack, le trip hop et « le son de Bristol » et, plus récemment, Bat For Lashes, ou encore Londres et sa scène musicale aux multiples facettes. Est-ce que vous pensez qu’il y a une spécificité britannique en matière de création musicale, en particulier pour créer de nouveaux genres hybrides, pour se réapproprier des tendances, et les assimiler afin de les renouveler et en faire quelque chose de neuf ? et que c’est peut-être lié à l’environnement géographique, ou social ? Sinon, qu’est-ce qui vous semble à l’œuvre, derrière l’étonnante diversité et la grande vivacité de cette scène musicale anglaise, tous ces courants nés au Royaume Uni ?

NH : Le Royaume Uni a toujours eu une longue tradition musicale avec une scène très vaste et très vivante. Je ne sais pas pourquoi. Je pense que, par le passé, des journaux comme le NME ou le Melody Maker pouvaient vraiment entretenir et nourrir ce feu et excellaient à découvrir et soutenir de nouvelles scènes et de nouveaux courants dès leur naissance. Ceci dit, c’était quand même à double tranchant parce que la rotation des groupes était très importante mais c’était toujours une façon extrêmement intéressante de maintenir la scène vivace et digne d’intérêt.

TB : Quels souvenirs gardez-vous de vos précédents groupes, quels moments, quelles expériences et est-ce qu’ils continuent à vous influencer encore aujourd’hui ou bien vous en êtes-vous affranchi et avez tout recommencé de zéro ? Sinon, autrement dit, comment vos expériences passées vous ont-elles influencé et vous influencent-elles aujourd’hui, en ce qui concerne vos compositions et l’écriture de vos chansons, au travers de ce qui semble apparaître comme un processus de réduction au maximum de votre son, jusqu’à une forme d’épure ?

NH : Hummm… ce que je fais, je le fais de manière plutôt, euh,… très instinctive. Je n’ai pas vraiment tendance à planifier, ou ne l’ai que rarement, ou si peu, fait, je n’ai quasiment jamais eu tendance à m’asseoir bien tranquillement et à avoir planifié, programmé ces évolutions. J’arrive souvent là où je veux aller par des essais et des erreurs successives . Le dernier disque a été enregistré de plusieurs manières différentes avant d’avoir atteint ce que je cherchais. C’est une façon de travailler assez lente mais ça me convient et j’y trouve mon compte. Et, bien sûr que l’on est influencé par le passé et que, quand je rentre en studio, je trimballe tout ça avec moi mais la réalité, c’est qu’il est probablement meilleur d’oublier tout ce que l’on a fait et de recommencer de zéro à chaque fois… même si ça implique que vous refassiez les mêmes erreurs à chaque fois. La musique n’est pas une discipline dans laquelle vous vous améliorez à chaque fois ou dont vous apprenez quelque chose. Pour moi, il s’agit toujours de capturer l’essence d’un moment. La difficulté, c’est de garder la spontanéité… et c’est aussi ça qui rend l’exercice intéressant.

TB : J’ai lu que vous aviez enregistré ‘Palindrome Hunches’ dans une école à Wallingford , école que fréquentaient les enfants de Nick Holton [producteur de l’album ; ndlr]. Comment c’est arrivé ? Parce que l’histoire raconte aussi que ces chansons avaient été enregistrées, dans un premier temps, pendant une précédente session et que vous n’étiez pas très content du résultat. Donc, pourquoi les ré-enregistrer, alors même que de votre propre aveu, il n’y a pas eu beaucoup de travail de production additionnelle après le second enregistrement, d’après ce que j’ai pu lire ?

NH : En fait, j’ai enregistré l’album de plusieurs manières différentes. Chez moi à la maison, comme un disque de pop, un album assez lo-fi. Le choix d’utiliser la salle d’école pour le confier à quelqu’un d’autre est venu via Nick, un très vieil ami et le producteur de l’album. Je sentais que j’avais besoin de le confier à quelqu’un d’autre car j’avais atteint un point où je n’étais pas satisfait de ce que j’avais et que je ne savais pas trop ni quoi en faire ni comment, pour la suite. L’idée de base de Nick était de réenregistrer le disque avec un petit groupe, de garder le tout assez intime et en prise directe le plus possible. Ça semblait s’ajuster mieux aux chansons, au plus près, et a nettement donné au disque une tonalité bien plus folk.

TB : L’industrie du disque a été très durement touchée par cette crise qui ne semble pas finir – malgré quelques signes encourageants de reprise venant des USA, avec de légers rebonds, des frémissements, grâce au numérique. Quelles sont selon vous les causes profondes qui ont conduit à cette crise – un excès de marketing, de mauvais produits, avec des visions à court terme ou visant juste à faire « des coups » sans suite, trop de « hype », le piratage ou quoi que ce fût d’autre ? Et, par suite, que pensez-vous des conséquences qu’en subissent les musiciens, aussi bien ceux d’expérience que les nouveaux venus et les arrivants ? Voyez-vous des perspectives en vue d’améliorer leur situation – faire plus de concerts, plus de merchandising, les ventes numériques avec moins d’intermédiaires, avec des initiatives comme BandCamp, ou bien des ventes directes ?

NH : L’industrie du disque en tant que telle est de toute évidence en très mauvaise santé. Qui sait pourquoi ?… Une grosse dose d’arrogance ou d’autosuffisance, peut-être… Je pense que, pendant des années, l’industrie a été assez mal gérée, les CD étaient hors de prix et les gens en place, les plus grosses majors, étaient des dinosaures et ils ont complètement raté le virage que prenaient les évènements et les changements à l’œuvre, en cours alors. Le résultat ? On a affaire à une génération de gosses qui ne veulent plus payer pour leur musique, et une génération de musiciens qui, véritablement, ne gagnent de l’argent que grâce aux concerts. On est tous plus ou moins des musiciens de rue aujourd’hui,… plus ou moins encensés… Et peut-être que c’est mieux ainsi, peut-être est-ce ainsi que les choses doivent être. J’ai vraiment l’impression que l’industrie du disque a bradé les musiciens, c’est mon sentiment, très profondément. Spotify et Pandora sont de très bonnes idées mais, encore une fois, ce sont les musiciens qui sont lésés. Les taux de royalties sont démentiels – estimez-vous heureux si vous touchez 150 dollars pour un million d’écoutes en ligne – et tous les labels ont marché dans la combine… ils ont fait leurs trucs dans leur coin et ont escroqué les artistes encore une fois. MAIS il y a malgré tout une quantité incroyable de bonne musique disponible aujourd’hui. La technologie a facilité la création musicale, l’a rendue moins exclusive, moins réservée à un cercle d’élus et l’a rendue beaucoup plus accessible financièrement à produire et réaliser et ça l’a rendue extrêmement créative.

Black Hearted Brother 'Stars Are Our Home' 2013 Slumberland / Sonic Cathedral

Black Hearted Brother ‘Stars Are Our Home’ 2013 Slumberland / Sonic Cathedral

  • L’AVENIR ?

TB : Quels sont vos prochains projets musicaux à venir ? J’ai lu qu’il était question d’une collaboration orientée vers plus d’électronique, réalisée avec la complicité de deux partenaires, Mark Van Hoen et Nick Holton, celui-là même qui a produit votre dernier album. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus à propos à ce sujet ? Et les processus de création mis en œuvre derrière, qui semblaient très particulier, avec vous trois travaillant en trois endroits différents, si mes sources ne me trompent pas.

NH : Oui ! Black Hearted Brother est un projet amusant que Mark, Nick et moi-même avons élaboré l’an dernier. Le disque sort bientôt sur le label Slumberland Records et sur Sonic Cathedral, cette année. Pour ce disque, on s’est inspiré d’une forme musicale équivalente au « téléphone arabe » … Quelqu’un commence quelque chose, le transmet à la personne suivante, et elle va le rejouer, le réduire, le transformer du tout au tout et le faire suivre ainsi modifié à la personne suivante dans la chaîne. Au point que nous avons terminé avec une grosse quantité de matériel qui était à peine reconnaissable à partir de l’idée d’origine. C’était une façon très amusante de travailler ainsi, et on est revenu sur ce matériel une fois ce processus terminé pour ensuite se réunir et retravailler sur le tout mais tous ensemble comme un groupe cette fois. Là, on est juste en train de se décider pour choisir si on va en faire un double ou un triple album ! ?

TB : D’autres projets, Black Hearted Brothers mis à part ? un nouvel album de prévu, plus de dates de concert, de tournée, etc. ?

NH : Oui, je vais faire beaucoup de dates cette année. Je suis aussi rentré en studio avec Ian et Al de Mojave 3, pour travailler sur de nouvelles compositions, et j’ai bon espoir de terminer et sortir un nouvel album de Mojave 3 cette année également.

TB : Bien, je vous laisse un petit espace vierge, que vous pouvez pour dire des choses que vous pensez importantes et que j’aurais pu oublier d’évoquer (ce sont des choses qui peuvent arriver parfois), que ce soit sur ‘Palindromes Hunches’ ou sur votre parcours musical.

NH : Merci beaucoup pour l’interview, et désolé que ça ait pris tant de temps !

Black Hearted Brother

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Neil Halstead

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Crédits photo : Matthieu Chauveau, (inconnu), Creation Records, Brooklyn Vegan, Music OMH.

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