Neil Halstead (Slowdive) – INTERVIEW EXCLUSIVE (Partie 1.)

Alors que Slowdive, son premier groupe, s’est reformé et joue à guichets fermés partout où il se produit et que son dernier projet, Black Hearted Brother est sorti sur Sonic Cathedral, retour sur une interview que m’avait donnée Neil Halstead à l’époque de la sortie de son troisième album solo, ‘Palindrome Hunches’.

Neil Halstead s’est constamment réinventé. Artiste aux multiples facettes, il a fondé Slowdive, puis Mojave 3 et évolue en solo aujourd’hui, quoique Slowdive ait été reformé pour cette année. Il revient sur son parcours, sa vie, ses goûts, ses doutes et les thèmes de prédilection de ses chansons. Où l’on apprend aussi au passage qu’il adore le dernier album de My Bloody Valentine et qu’un nouvel album de Mojave 3 semble bien parti. INTERVIEW EXCLUSIVE ! Interesting!

Neil Halstead

Neil Halstead, Lieu Unique, 22 février 2013. (©Photo : Matthieu Chauveau)

  • LE PASSE

Tiphaine BRESSIN : Quels souvenirs gardez-vous de la scène shoegaze dont vous faisiez partie ?

Neil Halstead : Dans mon souvenir, c’était une période très marrante. Slowdive et Chapterhouse, on était bons amis, et originaires de la même ville, Reading. On tournait déjà sur scène avant même d’être signés en maisons de disques. Ce qui est sûr, c’est qu’on partageait pas mal d’influences et qu’il y avait beaucoup de soutien mutuel, réciproque à cette époque. On a aussi beaucoup tourné avec Ride, on a tous deux signés sur le même label, Creation et c’était génial. Faire une tournée aux Etats-Unis aussi, pour la première fois, c’était une expérience fantastique. On était tous très jeunes et c’était vraiment exaltant. La chose la plus intéressante, selon moi, c’était qu’il y avait une sorte d’entente commune, d’émulation avec tous ces groupes – Lush, The Pale Saints, The Boo Radleys, The Cranes, Bark Psychosis -, à savoir que nous étions intéressés par le fait de créer une musique qui était différente, d’une certaine manière, et en particulier en incluant des influences qui ne venaient pas simplement du rock. C’était avant que le terme – ainsi que le courant – ‘post-rock’ ne soit forgé. Tout le monde semblait vraiment très ouvert à ce que toutes les formes de musiques soient légitimes à intégrer le courant ainsi créé. Attitude très courante aujourd’hui mais à la fin des années 80 et au début des années 90, au moins en ce qui concerne le Royaume-Uni, la musique était plutôt confinée dans des cases et des genres bien spécifiques et était, je pense, beaucoup moins ouverte à l’éclectisme. Et les groupes avaient tendance à rester assez ancrés dans le sillon qu’ils avaient choisi.
TB : J’aurais tendance à diviser votre carrière en trois périodes distinctes – Slowdive – shoegaze -, Mojave 3 – country – et enfin, Neil Halstead solo, d’orientation plutôt folk. Est-ce cela vous semble un résumé correct ? Et, pour rendre la chose plus intéressante, pouvez-vous nous expliquer le cheminement, le parcours, les connexions (ou leur absence) entre ces trois périodes ? Et ce qui vous a fait évoluer lentement mais habilement, fermement, avec aisance à travers toutes ces étapes pour atteindre votre son actuel ?

NH : Oui, je pense que c’est un résumé assez juste… Pour moi, le dernier disque de Slowdive, ‘Pygmalion’, marquait la fin d’une longue période d’immersion dans une musique expérimentale et ambient. Et c’est à ce moment-là que j’ai ressenti le besoin de me rapprocher d’une forme de musique qui soit plus organique. C’était, pour moi en tout cas, l’inspiration principale en ce qui concerne Mojave 3. Je voulais pouvoir jouer des morceaux à la guitare acoustique. J’ai pas mal voyagé après la fin de Slowdive et j’ai rencontré des gens qui étaient étonnés du fait que je sois musicien. Je me suis toujours un peu senti comme une sorte d’imposteur parce que le seul type de guitare dont je pouvais jouer était une guitare avec beaucoup de distorsion et de reverb.

Slowdive

Slowdive

TB : Nathaniel Cramp [patron du label Sonic Cathedral, qui a sorti pour l’Europe l’album de Neil Halstead ; ndlr] m’a dit qu’il n’en croyait pas ses yeux, de vous avoir signé pour sortir votre dernier album sur son label, et que c’était comme un rêve qui devenait réalité. Le fait est qu’il cite fréquemment, quand on lui demande les dix disques qu’il aurait aimé sortir , l’un de ceux de Slowdive. Comment expliquez-vous cela ? Comment expliquez-vous que, des années et des années après que Slowdive se soit séparé, que vous ayez ensuite créé Mojave 3 pour vous diriger ensuite vers une carrière solo, il y ait toujours autant d’amour, de fidélité, d’admiration pour ce son, son que vous avez contribué à créer et forger et pour ce groupe dont vous faisiez partie et qui appartenait à cette scène alors ?

NH : Je connais Nat depuis des années et c’est quelqu’un d’absolument adorable. Et c’est aussi quelqu’un de véritablement passionné par ce qu’il fait. J’étais vraiment très heureux qu’il souhaitât sortir ce disque, parce que je sais qu’il le fait pour les bonnes raisons et parce que je sais qu’il me comprend, moi et mon histoire. Et je suppose que c’est quelque chose d’important pour moi, en cette période. Il m’a fait venir et jouer de nombreuses fois ici et là depuis plusieurs années donc je n’avais aucune inquiétude et savais qu’il allait faire du bon boulot.

Neil Halstead 'Palindrome Hunches' 2012 Brushfire / Sonic Cathedral

Neil Halstead ‘Palindrome Hunches’ 2012 Brushfire / Sonic Cathedral

  • LE PRESENT

TB : Bien. Une question à présent que je pose à tous les shoegazers, que ce soient les nouveaux venus ou les fondateurs : Que pensez-vous du renouveau actuel de la scène shoegaze, de sa réémergence, sous différentes formes, mais qui est palpable et clairement là, avec beaucoup de nouveaux groupes comme les It Hugs Back, Dead Mellotron, Yeti Lane et beaucoup d’autres, qui s’inspirent clairement du shoegaze et de Creation en particulier. Et que pensez-vous de cette tendance actuelle à rééditer tous les disques originaux, sous la forme d’éditions « remastérisées », « édition spéciale » ou « édition définitive » telle que la réédition quasi complète de My Bloody Valentine, y compris ‘Loveless’ l’an dernier ou Ride ‘Nowhere’ en 2011 ?

NH : Pour être parfaitement honnête, je sais très peu de choses sur ces nouveaux groupes shoegaze… Désolé !… J’ai entendu parler de Yeti Lane et j’aime bien. J’imagine que, comme avec tout nouveau courant musical, il y a son lot très abondant à la fois d’inspiration et d’originalité, parmi un lot d’inspirations plus anciennes. Bien entendu, je suis absolument ravi d’entendre que Slowdive a eu et continue d’avoir de l’influence, d’une certaine manière, sur ces nouvelles musiques.

TB : Pour moi, c’est, d’une certaine manière, assez paradoxal que pour votre dernier album, vous soyez signé sur Sonic Cathedral, un label qui se définit comme « le label qui se célèbre lui-même » [la scène shoegaze avait été surnommée à l’époque ‘the scene that celebrates itself’ ; ndlr] ce qui est plus ou moins la phrase emblématique du mouvement shoegaze. Cela vous fait-il une impression étrange ?, surtout que le label est particulièrement connu et réputé pour ses sorties shoegaze et son amour du genre, en particulier par rapport à votre propre carrière musicale, et attendu que votre dernier album n’est pas du tout shoegaze ? Est-ce que ce n’est pas, d’une certaine manière, comme un retour aux sources, au point de départ ?

NH : Non, pour moi, c’était le label idéal parce que Nathaniel est un ami et, comme je l’ai dit un peu avant, est au courant de mon parcours, et je pense que, d’une certaine manière, c’est bien aussi de se reconnecter avec sa propre histoire, son propre passé.

TB : Pour autant que j’ai pu en juger, voter dernier album évoque des histoires assez personnelles et parfois sombres, nous parle d’émotions, d’impressions et de ressentis – tels que la solitude, la peine, la fin de l’amour et d’autres thèmes encore, comme sur ‘Wittgenstein’s Arm’, et, par contraste, présente une forme d’enthousiasme, d’appétit pour la vie, et même une envie assez folle de tout voir, à travers les voyages, comme sur ‘Hey Daydreamer’ par exemple. Est-ce que c’était intentionnel de votre part, est-ce que c’était la façon dont vous vouliez que ça sonne, que ça soit écrit et composé ? Parce que tous ces thèmes semblent très étroitement liés à votre propre vie, à vos expériences et vos propres sentiments (si je me trompe, dîtes-le moi) : est-ce que c’est le cas et si oui, pourquoi ce choix ?

NH : Oh, vous savez, ces chansons ont été écrites tout au long de ces dernières années, elles sont en effet, la plupart du temps, assez voire très personnelles et je suppose que quand on les réunit ensemble sur un album, le résultat final peut paraître assez sombre et les thèmes commencent alors à émerger. Alors oui, indéniablement, ces chansons font référence au temps qui passe et aux relations qui se commencent, ou qui se terminent. Ce n’était ni noir ni sombre intentionnellement, à l’origine, mais je pense que je me suis autorisé à aller et donc à écrire dans cette direction. L’album précédent – ‘Oh Mighty Engine’ – était bien plus léger en comparaison et beaucoup plus hétéroclite, fantasque, ce qui fait que j’étais content que le dernier soit orienté complètement différemment, qu’il présente un autre aspect de la médaille, une autre face.

TB : A l’inverse, je n’ai pas décelé de trace « active » ni vraiment tangible d’un quelconque manifeste, d’une revendication ou d’une forme d’engagement sur des sujets sociaux ou politiques, lors même que le format musical folk / blues le permet. A mon sens, il le permet en ce sens qu’il autorise le chanteur, dans une certaine mesure, à faire passer un « message ». Comment se fait-il alors qu’on n’en retrouve pas trace dans votre album – à moins que je ne l’aie pas détecté ou compris. Est-ce parce que vous pensez que vos opinions personnelles n’ont pas à intervenir ou apparaître en public, ou parce que vous ne voulez pas que vos auditeurs les connaissent ? Ou, bien plus encore, est-ce parce que vous n’en avez plus, à force, peut-être, d’être dégoûté par les politiques et les politiciens ou bien que vous ne voulez pas partager vos opinions parce que vous pensez que vous n’avez pas à le faire, que ce n’est pas votre rôle ?

NH : Non non, je n’écris pas de chanson politique pas plus que je ne me repose ou ne m’appuie sur un « ordre du jour ». Peut-être que c’est un tort… J’écris sur ma vie et, parfois, sur celles des autres mais je ne suis pas vraiment du genre à poser mon empreinte sur l’actualité quelle qu’elle soit. Mais peut-être que je m’y mettrai un jour.

TB : Est-ce que vous avez l’impression d’être mieux « accepté » ou « compris » aujourd’hui, depuis que vous faites carrière en solo, à l’inverse de la période shoegaze où les critiques et la presse en particulier étaient particulièrement féroces alors sur cette scène, à tel point qu’ils l’avaient surnommée avec mépris « la scène qui s’autocélébre », principalement du fait de l’absence de rivalités ouvertes entre les groupes, chose qui était monnaie courante voire « la norme » entre les formations de cette mouvance à l’époque ?

NH : Pour être honnête, je n’y pense pas beaucoup, honnêtement. Slowdive avait ses partisans inconditionnels et ses détracteurs. Et je suis prêt à parier que si on s’y penchait de plus près, on trouverait la même chose à propos de ma carrière solo. Tout cela est très bien mais je ne pense pas que l’on doive jamais s’attendre à être compris, reconnu ou aimé de tout le monde. Parce que pour moi, cela serait synonyme de fadeur, de monotonie.

TB : My Bloody Valentine s’est récemment reformé et a sorti, comme vous le savez sûrement, un nouvel album intitulé ‘mbv’. Est-il envisageable de voir Slowdive se reformer, ou Mojave 3, comme j’ai pu le lire ici ou là, et qu’il y a des rumeurs persistantes sur une reformation de Slowdive ?

NH : On n’a jamais vraiment parlé sérieusement de cette reformation. Si tel était le cas et qu’on l’envisageait, je pense que ce serait avant tout pour le plaisir et l’excitation, et pour des raisons créatives. Et je ne suis pas tout à fait sûr qu’on en soit encore à ce stade, que ce soit en tant que personnes, qu’individus ou en tant que groupe, déjà. J’aime beaucoup le dernier album de My Bloody Valentine, et je suis très heureux, en tant que fan, qu’ils aient fini par le faire. Ils étaient incontestablement l’influence majeure de Slowdive, en particulier vers la période ‘You Made Me Realise’ et ‘Isn’t Anything’. Quand tu as 16 ans, c’était vraiment eux les meilleurs, tu vois. Eux et Sonic Youth… ‘Daydream Nation’ est, avec l’album blanc, l’un des meilleurs double albums qui aient jamais été faits.

Rachel Goswell & Neil Halstead of Slowdive.

Rachel Goswell & Neil Halstead of Slowdive.

 (A suivre : Partie 2.)

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Crédits photo : Matthieu Chauveau, (inconnu), Creation Records, Brooklyn Vegan, Music OMH.

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