Mais pourquoi tu cours ?

association Laurette Fugain © Louise_de_murard Les Pères Noël sont de sacrés sportifs ! La preuve, ils envahissent chaque année par milliers les rues d’Issy-les-Moulineaux, près de Paris, pour la fameuse Corrida de Noël.

Une fête, bien plus qu’une compétition, où les déguisements les plus loufoques récoltent plus d’applaudissements que les champions du chrono. Après y avoir incarné une Mère Noël particulièrement sexy l’an dernier, je portais cette année un costume et un bonnet violets, aux couleurs de l’association Laurette Fugain, qui récolte des fonds pour lutter contre la leucémie.

Ce genre d’initiative est souvent associé aux courses à pied, comme une façon de donner du sens à une activité qui de prime abord en semble totalement dépourvu.

« Pourquoi je cours ? »

course à pied ©Stephane Chevalier_3

La question revient souvent, plutôt de la part de non-coureurs, avec une variante : « après quoi je cours ? » Comment décrire le plaisir ressenti à mettre indéfiniment un pied devant l’autre, parfois pendant des heures, le plus souvent pour revenir au point de départ ? Un philosophe, Guillaume Leblanc, s’est penché sur la question et en a même fait un bouquin : Courir : Méditation physique (Flammarion).

« Je cours donc je suis », il y a donc du vrai dans cette formule un peu facile. A travers l’effort de la course, le déplacement et les vagabondages intellectuels qui les accompagnent, le coureur prend conscience de son existence.
Killian Jornet, jeune prodige de l’ultra-trail, ces courses en montagne qui dépassent les 100 km, a aussi une plume. Pour lui, c’est carrément Courir ou mourir (Éditions Outdoor), une véritable quête métaphysique qui le guide aux sommets des plus belles et des plus mythiques montagnes du monde, parfois au péril de sa vie. Son projet Summits of my life  fait suite à la série Killian’s Qu’est, superbement mise en images, même si le marketing n’est jamais bien loin.

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Pas sûr que le coureur du dimanche se reconnaisse dans ces exploits surhumains. Alors qu’est-ce qui pousse tous ces gens, pas forcément des sportifs acharnés, à enfiler le short et chausser les runnings pour s’adonner à cette activité ingrate et monotone ? Seul ou en groupe, on s’y met pour perdre quelques kilos, se maintenir en forme, ou par défi. On s’en tient à un footing tranquille par semaine, s’il fait beau, ou on se fixe des objectifs plus ambitieux, jusqu’au marathon, 42,195 km exactement*, voire beaucoup plus. Moi, c’était pour participer à la fameuse Diagonale des Fous de La Réunion. Je n’avais alors vraiment pas conscience de ce qui m’attendait.

La question, je me la suis posée au début : « Mais bon dieu pourquoi je cours ? »

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Je serais tellement mieux a) Devant ma télé b) À boire un verre avec des potes c) N’importe où sauf ici. A vrai dire, aucun coureur n’a sans doute la réponse, au mieux des réponses, chacun les siennes, le plus souvent oubliées une fois la douche prise !
Il parait que notre morphologie d’homo sapiens fait de nous d’excellents coureurs, ce qui aurait largement contribué à nous mener au sommet de la hiérarchie du règne animal. Nous ne courons plus pour chasser, mais une forme d’instinct semble en pousser certains à entretenir cette faculté, même déguisés en Père Noël.

 
Qu’elle soit loisir, entrainement ou compétition, la course à pied est une parenthèse, un moment privilégié avec soi-même, une communion avec le parcours et les autres coureurs. Avec l’habitude, la monotonie disparait, la foulée s’automatise, l’effort se dose d’instinct, la douleur se contrôle, l’esprit démontre son pouvoir sur le corps, l’attention s’évade très loin ou se porte sur les paysages qui défilent. Evidemment, tout s’amplifie avec la distance : la difficulté, la fatigue, la volonté nécessaire pour aller au bout, les hauts, les bas, les émotions, la sensation de liberté et l’illusion de ne plus avoir de limite… Lorsque se présente la ligne d’arrivée, synonyme de fin de l’aventure et de retour à la vie quotidienne, le « vivement la prochaine » remplace le « plus jamais ça » des moments de détresse physique et morale.

 
Vous qui n’y avez jamais goûté et qui m’avez lu jusque-là, vous vous demandez encore pourquoi je cours. Et bien vous ne le saurez pas ! Parce que vous ne pouvez pas comprendre, aussi parce que je n’en sais rien et que vous feriez mieux de vous y mettre, au moins de jeter un oeil à ces vidéos au lieu de vous poser des questions aussi inutiles.
course à pied ©Stephane Chevalier_2

Ultra trail du Mont Blanc_ course à pied ©Stephane Chevalier_1


La Corrida d’Issy-les-Moulineaux sur Issy TV, avec quelques images filmées en Google Glass


Changement de décor avec ces images de l’édition 2011 de l’UTMB, une des plus célèbres courses d’ultra-trail au monde, autour du Mont-Blanc. Sur ces courses en montagne, les chronos se comptent en dizaines d’heures, de 20 h environ pour le vainqueur, avec ici un temps maximum de 46 heures, pratiquement sans dormir. Evidemment, même pour les meilleurs, il est normal de marcher en côte.


L’arrivée forte en émotion de Sébastien Camus, deuxième de la course Courmayeur-Champex-Chamonix (100 km) en août 2013

* Lorsque Pierre de Coubertin, créateur des Jeux Olympiques modernes, définit le marathon aux JO d’Athènes en 1896, la distance est fixée à 40 km, celle qui sépare approximativement les villes de Marathon et d’Athènes, en l’honneur de la célèbre bataille qui vit la victoire des athéniens contre les perses en 490 avant JC. La légende raconte que le soldat Philippidès mourut d’épuisement après avoir couru annoncer la nouvelle à Athènes. En 1908, les JO se déroulent à Londres. Le roi Edouard VII exige que la course parte de la pelouse Windsor pour finir juste devant sa loge du White City Stadium, d’où ces 2,195 km supplémentaires que tous les marathoniens maudissent depuis.

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Catégories : Actu, Sport
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Un commentaire à “Mais pourquoi tu cours ?”

  1. […] Bref faire du sport. Si vous ne savez pas après quoi vous courez au moins vous saurez que vous arriverez bien… quelque part… (n’est-ce pas Stéphane ?) […]

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