Loll Willems : shooteur de grandes stars

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Loll Willems – 13 juillet 2017 – Francofolies de La Rochelle (Photo Amanda Bronscheer)

Il parcourt le monde de la musique depuis vingt ans. Son nom est discrètement partagé par les artistes qui se refilent son numéro de téléphone. Lui prend ça avec simplicité, sans toutefois bouder son plaisir de photographier les plus grands chanteurs et groupes au monde. Loll Willems a de l’or au bout de son index droit.

Loll Willems. Son nom, regardez bien, vous pouvez l’apercevoir en crédit de milliers de photos de concerts, de pochettes de disques, ou encore d’images de plateaux de télévision, et de cinéma.

Loll, photographe indépendant, est un passionné qui dans la vie se contente de peu : un casse dalle, une bière quand ça le fait. Des potes, une nana de temps en temps, et seulement quelques heures de sommeil par nuit.

Son lit ? Il ne s’y glisse que peu souvent. Loll habite Paris qu’il ne retrouve qu’entre deux shootings, concerts et tournages. Mais pour tout vous dire, il s’en fout comme de son premier slip.

C’est pourtant après avoir « tourné au moins deux fois » dans le sien « sans toucher le sol » après une gifle de son paternel dont il garde encore le souvenir, qu’il a su que c’était la photo qui ponctuerait sa vie quand à la même époque d’autres de son âge ne pensaient qu’à acheter sa platine vinyle parce que ça faisait mieux que le lecteur CD classique…

La raison : « J’avais 9 ans. J’avais piqué un des appareils photo de mon père – grand reporter – pour une sortie école. Un blad 6X6 », se souvient-il. La baffe ne l’a pas stoppé dans son envie de mettre le monde en boite. A force de chiper le matos du paternel, ce dernier comprend que le fiston a probablement une carte à jouer dans ce domaine. Adolescent, il se comporte déjà comme un professionnel qui a étudié l’iconographie et la prise d’images, ce que sont les ISO, les diaph’ et autres trucs que les initiés des boîtiers connaissent par cœur.

Il débute dans un labo de rédaction

Encore au lycée, donc à 15 ou 16 ans, ce virus de la pellicule le pousse à franchir les portes d’une agence locale d’un quotidien régional de sa ville natale, Lyon. « J’ai pensé que comme tout stagiaire, je ne serai bon qu’à servir le café et répondre au téléphone. »

Et en fait non. Présent, presque devenu un meuble du desk, il est repéré par les responsables de l’agence.  « Le laborantin était en arrêt maladie », se souvient Loll. «  On m’a demandé si je savais utiliser la machine. J’ai dit oui alors que je n’y connaissais rien. J’ai pris trois films vierges Ilford. J’ai testé. Les deux premiers sont sortis voilés, le troisième était le bon. Je n’ai jamais ensuite touché aux réglages. »

C’est ainsi qu’il fait ses premières armes dans le labo tout noir de la rédac. Là, tous les soirs après les cours « et jusqu’à 3 heures », alors que d’autres matent les dernières séries à la téloche, lui va dans le labo développer les films noir et blanc des reporters localiers.

Cette vie au sein de la rédaction lui apprend la rigueur et la vitesse d’exécution. C’est que ça ne rigole pas dans ces lieux où encore, dans les années 1990, ça fumait dur sur les plateaux de rédaction et où il n’était pas rare, en cherchant des trombones ou une gomme dans des tiroirs d’un titulaire, de trouver une bouteille de whisky vilainement entamée.

Presque jeune adulte, plutôt réservé, mais attentif à ce monde qu’il voulait secrètement rejoindre, Loll Willems se voit après des mois de développement, suivre le chef du service photo.

« Pendant un an, je l’ai accompagné sur des reportages, des faits divers », toutes sortes de sujets qui font le quotidien de la presse locale, et son succès. « Le soir, quand on rentrait, on tirait les films. Et on comparait ce que l’on avait fait… »

Un jour, son chef de service regarde ses films et coche plusieurs images : «  On prend celles-ci », lui lance-t-il. Lui : « Mais ce sont mes photos… ». « Oui ! Et ? C’est quoi le problème ? » Y’a pas de problème chef !

Tous ceux nés avant les années 80 ont connu cette ambiance particulière où la mauvaise copie était déchirée direct et foutue à la corbeille. Et quand les films ne correspondaient pas au cahier des charges, cela valait quelques coups de gueule et envolées de papiers sur les bureaux du desk.

Perso, j’ai le souvenir d’un photographe hurlant après un rédacteur (ou un secrétaire de rédaction), le poursuivant dans la rédaction, en courant sur les tables. L’un était fou de rage pour une raison que j’ai oubliée. C’était au Mans au moment du déclenchement de l’affaire Urba Sages e, 1992-1993. Allez regarder sur Wikipédia, ça rappellera des souvenirs aux plus anciens dans le métier. On s’était mis à quatre ou cinq pour les séparer. Une autre époque je vous dis.

Il fait les yeux doux à la sécurité

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On a dit « les yeux doux » !

Revenons-en à notre Loll. Il n’est pas encore majeur, mais a déjà de la suite dans les idées.

Chroniqueur pour NRJ, l’idée de couvrir un festival le titille. Il prend ses cliques et ses claques, enfourne l’appareil photo et ses objectifs dans un petit sac à dos. Y jette une poignée de pellicules couleurs 36 poses pour la durée du festival… et tente sa chance pour photographier des chanteurs sur une scène. Il n’a aucune accréditation pour cela mais se présente malgré tout à l’entrée. Chose étonnante, on le laisse entrer. Encore adolescent mais déjà adulte dans sa tête , il se retrouve quelques heures avant « son » premier concert à jouer au foot avec les roadies et quelques musicos qui attendent de faire leurs balances.

Un truc de dingue pour ce Lyonnais qui va avoir ce jour-là le déclic de sa vie : devenir photographe de concerts. Mais pas que.

Après avoir bourlingué un peu à droite, à gauche, à Londres et ailleurs, Loll Willems entre de plein pied dans le monde des artistes.

Avec sa gueule de mec qui plaît aux nanas, mais qui se déteste quand il se regarde dans le miroir, le photographe se cache souvent derrière un paquet d’humour pour faire oublier une certaine forme de timidité. Peut-être même un petit complexe lié à son passé. Il se soigne, rassurez-vous. Il va même plutôt bien le garçon qui voit approcher la quarantaine.

Loll Willems. Il ne va pas apprécier les lignes à venir, mais il s’est forgé une putain de bonne réputation dans le monde de la photo des concerts, de la musique, du cinéma et de la télévision.

Droit dans ses bottes, chambreur, intolérant aux racistes et aux tricheurs (et aux cons) ce fils d’immigrés Danois (d’où son prénom) et d’une Portugaise qui se sont rencontrés dans le Dauphiné, est capable de débiter dix conneries à la minute dans une salle de presse concentrée… et ailleurs.

Le dos brûlé par les fans

C’est en revanche un autre personnage, pointilleux, exigeant, toujours insatisfait qui prend le dessus quand il entre dans la partie réservée aux photographes lors des concerts, improprement appelée la fosse, et que dans ce milieu on nomme le « pit’crash ». Un lieu « que les artistes n’aiment pas car ils voient les photographes les shooter sous leur mauvais profil ; et que le public qui a parfois attendu des heures ne supporte pas », dit-il. « Faut le comprendre. Nous, on arrive juste avant l’entrée sur scène. Combien de fois me suis-je fait tirer les cheveux, ou encore brûler le dos par des cigarettes, déchirer un tee-shirt… »

Comme de son premier slip, il s’en tamponne avec cette capacité de comprendre les choses. Lui, sa vie, depuis 20 ans, ce sont les concerts qui l’occupent une grande partie de l’année. Des concerts : il en a peut-être couvert plus d’un millier au cours de ces années. Il a croisé les regards d’autant d’artistes, souvent mondialement connus comme celui de Björk dont il a fait la couverture d’un album…

Seul manque à l’appel David Bowie, son Graal. Qu’il ne verra jamais : « C’est aussi bien ainsi », ponctue-t-il. «  Cela permet de le laisser au dessus de tous les autres ». Sourire.

Aujourd’hui encore, le photographe qu’on a eu la chance et le plaisir de côtoyer pendant toutes les Francofolies saison 2017, reste un professionnel, la tête bien vissée sur les épaules, apprécié pour son sourire, sa camaraderie et son sens aigu de la nature humaine. Depuis longtemps, il a compris comment séparer ceux avec qui il sait qu’il va passer une bonne soirée, et les autres :

« Quand t’arrives dans une assemblée », me dit-il, «  tu lâches : j’aime pas les racistes. Celui qui ricane dans son coin en entendant la connerie, tu sais déjà par avance que c’est avec lui que tu vas boire des bières… D’ailleurs, tu connais la différence entre une bière et l’urine ? Non ? Cinq minutes » !

Ok, on sort…

Le trac, tous les soirs

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Loll a aussi le trac avec les appareils photos braqués sur lui. Il faut dire qu’on était au moins trop à  profiter  de la situation ce jour là !

Vingt ans après ses débuts dans les pit’crash à respecter les règles de prises de vue imposées par les artistes, les caprices d’autres, Loll Willems conserve toujours le même plaisir à se présenter à la sécurité pour aller shooter ceux et celles qui font vibrer le public. Il a toujours en tête cette règle élémentaire copiée cent fois par tous les photographes dignes de ce nom : «  Une photo est bonne quand elle est cadrée, bien exposée et nette ». CQFD.

Une règle qu’il s’impose encore et toujours… en repensant à chaque fois, et toujours avec le même trac, à cet adolescent de 17 ans qui s’était présenté un soir, à un concert, sans acrèd’ mais avec son petit sac à dos, et une putain d’envie d’y arriver.

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