De l’ombre à la lumière…

Mylène Farmer "Avant que l'ombre..." 2005 Polydor

Ce post porte sur un disque qui n’est plus vraiment d’actualité – il est de 2005. Mais il est cher à mon cœur.

Mylène Farmer. Tout le monde a un avis sur elle : on l’aime, on la déteste, au pire, on s’en fout. Bref, en langage marketing : elle est clivante. J’en ai déjà parlé ici : je n’y reviendrai donc pas.

J’adore ce disque. J’ai pour habitude de dire qu’il ne faut pas mépriser la culture populaire, même si celle-ci, parfois nous méprise. Ce n’est pas, ce me semble, le cas de ce disque. Et je voulais revenir sur ce qui, à mon sens, est le plus beau, le plus sombre, le plus fin aussi, des disques de sa carrière, un subtil dosage entre ombre et lumière, faisant suite à son cinquième album studio, le plus mystique d’entre tous, le bien-nommé « Innamoramento ». Le plus mystérieux, aussi, peut-être. Injustement boudé par les fans, pour de mauvaises raisons, bien entendu. On pouvait lire ça et là des critiques assassines, de fans déçus, dont on vous évitera la pénible logorrhée et les montages Photoshop. Lors même que la critique presse, elle, commençait justement à légitimer l’artiste, jusqu’au Monde et Rolling Stone, inclus.

Autant le dire tout de suite : c’est probablement son meilleur disque, en dépit de très belles réussites précédentes, telles l’embardée rock californienne « Anamorphosée », parenthèse états-unienne enchantée ou « Innamoramento », d’une richesse presque sans égal dans sa carrière. C’est aussi le disque qui intrigue le plus, déroute, les fans et a, surtout, dérouté les non-fans qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne se sont pas rués pour acheter l’album. Cet album divise : chef-d’œuvre incompris, premier faux-pas ? J’ai choisi : première option, un point d’orgue, un vibrato subtil, sur des thèmes déjà « usés », et chers à la belle rousse. Traités paraît-il sur un mode plus optimiste que d’habitude – ah bon ? écoutez « Redonne-moi » et on verra si le sourire vous vient -, les thèmes abordés sont en parfaite ligne avec l’univers de la chanteuse : la solitude, la féminité, le sexe, la religion, de plus en plus présente (jusqu’au crucifix porté sur la photo de la pochette), la mort, parfois, soigneusement éludée sous le terme « ombre ». Quelques ombres au tableau, aussi, des chansons parfois un peu faciles, voire faibles, comme « Aime » ou « Ange, parle-moi ». Quelques problèmes de mixage finissent de parachever ces  faiblesses : des chœurs mixés un peu trop haut, et quasi-tous semblables en tonalité, d’une chanson à l’autre. Mais, en définitive, rien de si gênant, si on considère l’album dans  sa totalité : tout se tient plutôt bien, cohérent. Des perles aussi, nombreuses : « Q.I. », sorte de comptine, ode à la beauté intérieure, au savoir, docte de préférence, presque opposé au physique ou, du moins, le complétant, le surpassant, « Dans les rues de Londres », ballade plus qu’agréable, le titre éponyme, à l’ouverture sublime au piano donnant le ton de l’album : on ne va pas beaucoup se marrer. Un (très) beau disque, donc. « Et pourtant… » J’ai entendu des choses horribles sur ce disque, venant de la part de fans ; pour n’en citer qu’une seule, pas au hasard, la plus frappante, choquante presque : « Vivement qu’elle nous refasse une dépression, qu’elle nous refasse un disque correct. », quand on a juste envie de dire : « Hey, bitch! (you’re not on the list!), débouche-toi les oreilles, c’est juste son MEILLEUR disque ». De verdad. On a aussi envie de leur dire que l’artiste ne leur appartient PAS. Elle écrit, elle fait son boulot, point et BASTA COSI, BONSOIR !

Alors, que retenir de ce disque, au final ? Soigné, uni, apaisé, quoiqu’un peu torturé, mais sous une forme plus douce : une sorte d’état de grâce, de po(i)nt suspendu. « L’amour n’est rien » est plus qu’une réussite : chanson guillerette, sur l’ennui du sexe et des sentiments s’il n’est que ronronnement tranquille du couple et de ses ébats – honorer maman samedi soir et point, bière-TV-foot-pizza le reste de la semaine. « Peut-être toi », seul uptempo manifeste du disque, présente ce problème de mixage et des chœurs évoqué plus haut, mais le texte est, là, riche, meaningful, n’en déplaise aux esprit chagrins. « Redonne-moi », véritable bijou de tristesse, « Porno-graphique », manifeste similaire dans ses thèmes à « L’amour n’est rien », sur un mode différent, sur les relations du couple, qui compare les hommes (enfin, certains… à des porcs… carrément… : « Je dis qu’il n’y a pas « d’porno chic » / Mais bien que des porcs, au sens strict… »). Et, si l’argument a de quoi vous convaincre, un titre bonus d’excellente facture, ‘Nobody Knows’, que je trouve tellement réussi qu’aux premières écoutes, j’ai crû qu’ils avaient fait appel à Mark Bell de LFO pour le composer ou le produire, le co-composer. De verdad también. C’est un titre absolument incroyable. En résumé : c’est à mon sens le disque le plus abouti du duo Farmer / Boutonnat.

J’aurais volontiers noté ce disque 5/5, étant donné ses qualités évidentes. Néanmoins, au vu des quelques faiblesses, lyriques, mixage, chœurs, je ne lui donnerai qu’un très honorable 4,5/5. Largement mérité.

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Innamoramento.net (Site / Facebook / Twitter) / Mylene.net (Site / Facebook / Twitter)

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