Coup’d pompes – Episode 6 [final]

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De là où elle était, Alison ne voyait que le paravent devant le comptoir où l’inconnu et la commerçante se faisait face et une légère musique d’ambiance l’empêchait de saisir tous les détails de la scène.

Elle sourit, elle venait de revoir un instant dans les yeux de la vendeuse le même air un peu condescendant qu’elle avait aperçu avec sa précédente cliente. « On n’est pas du même monde » se dit-elle et ça lui fit plaisir de se sentir, au moins dans cette occasion, du bon côté de la barrière !

Puisqu’elle était dans l’égoïsme, autant s’y vautrer encore un petit peu plus.

Dans ses pensées, elle ne saisissait pas bien ce qui se passait de l’autre côté du paravent, de l’endroit où l’on reçoit ses « obligés », fournisseur et créanciers, toutes les coulisses du business avec les liasses de billet qui passent d’une poche à une autre pendant que le client se sent important alors qu’il ne représente qu’une vaguelette dans cette vaste mer !

A un petit éclat de voix un peu ferme, elle compris que la vendeuse ne voulait pas passer plus de temps avec cet opportun. «Non, Monsieur, je ne vais pas mettre sur mon comptoir votre petite annonce pour rechercher tous petits travaux pour la fin d’année afin de faire des cadeaux à vos enfants. Ca n’est pas le style de notre clientèle, n’est-ce pas Mademoiselle ?».

En disant cela, elle faisait semblant de s’adresser à Alison mais sans même se retourner. On n’allait pas s’embêter avec ces petits tracas du quotidien bien loin des habitudes du quartier qui ne faisait pas confiance comme ça aux passants qui n’avaient pas les moyens de devenir des habitués !

La vendeuse revint vers Alison. « Ah cette misère aujourd’hui », dit-elle « ça fait du tort de voir ça par chez nous. Qu’est-ce qu’ils croient avoir comme réponse en entrant dans un magasin de luxe ?».

Alison la trouvait un peu dure mais, bon, ça n’était pas son affaire après tout.

La boite aux merveilles était à présent tout près de son visage et ses narines s’emplissaient du chaleureux parfum du cuir. Le rouge flamboyant, qui irait si bien avec ses jeans bleu marine ou noir, lançait des éclairs somptueux. Et puis que dire de ce toucher si doux qu’on aurait cru passer ses doigts dans le poil d’hiver d’un chat bien gâté ?

Elle s’attendait alors au discours habituel de la vendeuse, celui qui est bien rodé finalement. Aucune querelle en vue malgré des prémices prometteurs. L’importun avait désamorcé le piquant pressenti. Rien que du banal !

C’est vrai que tout reste feutré dans ce milieu, même quand on commet l’irréparable. La voie du péché était trop douce pour Alison décidément. C’était moins excitant que lorsqu’elle luttait encore un peu, dans la rumeur confuse de la rue où s’exacerbent tous les désirs ! Sous les pieds populaires, plébéiens où chacun à sa place, pour marcher encore et encore ! S’asseoir quelque part, c’est déjà du luxe !

Mais elle se trompait. La vendeuse était tracassée. « Mais il n’est pas parti cette espèce de mendiant. Il vous regarde même. Ne vous laissez pas embêter, Mademoiselle. Parfois il y en a comme ça qui voudraient bien casser le commerce, il ne faut pas se laisser faire »….

« Bien sûr que non », pensa Alison « ça n’est pas la gêne des autres qui va me perturber. Chacun ses problèmes. » !

Des autres, non…mais celui-là était spécial. « Mon Dieu, Yves, s’exclama-t-elle. En se retournant, elle l’avait reconnu tout de suite en croisant son regard. Elle ne l’avait jamais vu fagoté comme ça ! Et il avait l’air amaigri !

La vendeuse tenant de la faire revenir au sujet qui l’intéressait : « Bien, si vous voulez essayer …».

Alison prit les chaussures dans ses mains ; « Elle sont magnifiques ».
Elle glissa ensuite ses pieds dedans. « Elles sont confortables ».
Elle se mit debout et fit quelques pas : « Elle sont parfaites ».

Et puis elle les rendit à l’employée : «L’espèce de mendiant, dehors, c’est mon frère et je vais l’aider à gâter ses enfants. A plus tard peut-être ».

Et elle sortit en souriant, la porte coulissa dans un bruit de Paradis et les odeurs de la rue montèrent vers elle comme autant de délices retrouvés, plus proche de la brioche grillée que du cuir raffiné.

« Viens Yves, pour commencer, je vous invite tous au restaurant ce soir ».

2013 ©Alithé – Tous droits réservés

Illustration : Google images

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