Coup d’pompes – Episode 4

 vieux mendiant avec un garcon picasso photo  Coup dpompes   Episode 4

Alison jeta un œil à la vitrine. Les chaussures étaient encore là, dans sa taille et sa couleur. « Ah oui, c’est encore plus cher que ce que j’avais cru » se dit-elle, « ça mérite réflexion ». Mais la raison avait déjà commencé à vaciller….elle était prête à craquer. comme une mouette prise dans la tempête et qu’une bribe de poisson laissée au sol suffit à dérouter de l’issue de secours ! Pour un ultime repas….avant de disparaître, vaincue !

La porte s’ouvrit avec infiniment de douceur. « Comme si on m’attendait » se surprit-elle à penser.

Personne ne vient pourtant l’accueillir, la vendeuse était occupée avec quelqu’un d’autre. Une jeune fille, assez modestement vêtue, qui regrettait sûrement d’être entré là, n’en avait visiblement pas les moyens et n’osait pas éconduire l’employée sous peine de dévoiler son état d’infortune financière.

Elle se tortillait sur son siège, invoquant toutes les excuses possibles, du genre « ça n’irait pas avec ce qu’elle avait déjà »….mais la vendeuse lui demandait alors des détails sur ce qu’elle possédait et c’est le rouge aux joues qu’elle ne put que répondre qu’elle ne se souvenait pas très bien !
Sur une autre insistance de la vendeuse, elle osa le classique : « mon ami ne va pas aimer »…mais là encore la vendeuse eut l’air de vouloir des détails de son intimité avec cet homme, probablement inexistant, et à nouveau elle baissa la tête !
Enfin, elle eut un dernier sursaut de révolte avec le redoutable « je crois que je l’ai déjà, en fait », ce à quoi la salariée (vraisemblablement intéressée aux bénéfices), dédaigneuse des réticences de sa cliente, répondit avec facilité « ça m’étonnerait, on est les seuls à les faire sur Paris ….».
Elle n’osa même pas dégainer le pathétique : « mais peut-être que l’on va me l’offrir après tout, on sait que j’aime les chaussures….et cette boutique particulièrement» car la moue incrédule de l’employée lui aurait infligé une vexation à la limite du supportable !

Dure loi de l’argent…quand il vous manque ….avant d’avoir appris à s’économiser !

Alison était vaguement indignée de ses méthodes peu élégantes et pourtant elle n’intervint pas. Avec elle, la vendeuse n’aurait pas affaire à une chipoteuse. Ses chaussures, elle les voulait, elle pouvait se les payer (à condition d’oublier ses engagements familiaux), elle les méritait…et elle les aurait !

Il lui fallait attendre encore quelques secondes. La jeune cliente était en train de mettre fin à son martyr en lâchant, doucement avec un petit grain très fin, presque imperceptible, de sanglot dans la voix : « très bien, je vous les prends » puis elle laissa planer un long silence. Ca n’était pas très bien, d’une part…et, d’autre part, ce qu’elle avait peut-être pris, c’était la peine de perpétuité sur une misère qu’il serait dur de repousser !

On entendait hurler dans ce non-bruit la phrase de tous les touchés de la crise : « pourrais-je les payer en plusieurs fois ? »…mais elle resta stoïque, sortit un chéquier plein de promesses de papier, montra sa pièce d’identité et sortit sur un sourire-soupir.

Elle s’éclipsa sans faire plus le bruit que le souffle léger de l’indignité qu’on lui avait fait porter, en sus de ses petites chaussures de premier prix en cet endroit sublime.

Peut-être son premier chèque en bois, elle s’en souviendrait !

Du bois dont on fait les plumes pour écrire plus tard combien la vie est rude pour ceux qui ont encore tant de rêves à l’aube de leur vie d’adultes….jusqu’à ce qu’ils aient perdu le chemin de ces envies avec des moyens pour tenter de s’en rappeler, souvent en vain !

Ce fut alors le tour d’Alison…

2013 ©Alithé – Tous droits réservés

Illustration : Reproduction du Vieux Mendiant avec un garçon, Picasso (1903) [voir source]
Episodes précédents :

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