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Lady Gaga 'artPop' 2013 Streamline Records / Interscope Records

Lady Gaga ‘artPop’ 2013 Streamline Records / Interscope Records

Des artistes clivantes, il y en a. Lady Gaga en fait partie. Je change moi-même d’avis sur elle tout le temps, soit à peu près tous les deux ans, le temps de la sortie de l’album suivant. Détestée par mes soins depuis ‘Born This Way’, que je considérais comme une bouse immonde, j’ai changé d’avis à nouveau. L’écouter de manière plus approfondie a suffi. Ce qui m’a mis dans de bonnes dispositions pour aborder l’écoute d’‘artPop’. Et le moins que je puisse dire est que cet album est très étonnant. Dans le bon sens du terme. Cette meuf est surprenante.

 Je la chambre autant que je la suis. 

Parce que les icônes pop sont intéressantes

Quoiqu’on puisse lire, en bien comme en mal, elle ne laisse à peu près personne indifférent. Je lis aussi bien les blogs de haters que ceux qui en parlent en bien. Je la chambre autant que je la suis. Parce que les icônes pop sont intéressantes. Surtout quand elles entrent au musée, où ça donne quelque chose comme ça :

Lady Gaga by Jeff Koons

Lady Gaga by Jeff Koons

Massacré par la critique au moment de sa sortie, ce disque a été injustement déclassé. Déchaînement de haine et de haters. Des sobriquets les plus anodins jusqu’aux plus injurieux, rien n’a été épargné à l’objet. Il est temps de le réhabiliter. Peu importe qu’elle copie ou s’inspire de tel ou tel artiste, connu ou inconnu, notre ère de l’information ne laisse désormais que peu de place pour le mystère et le secret. En deux clics, vous saurez que Zombie Zombie ‘Rocket N° 9’ l’a inspirée pour ‘Venus’, qu’elle a collaboré avec le petit frenchie nantais Madeon – cocorico ! – ou les israéliens Infected Mushroom, issus de la scène trance Goa, pour produire les 15 titres de cet opus. Exit Fernando Garibay et RedOne, les seuls survivants sont Paul Blair, aka DJ White Shadow, et l’ingénieur Dave Russell qui avait profondément marqué de sa patte les meilleurs titres de ‘Born This Way’‘Government Hooker’, ‘Heavy Metal Lover’, ‘Bloody Mary‘ en tête. Le plasticien Jeff Koons est de la partie et signe la (jolie) pochette qui, malgré quelques approximations typographiques grossières, tient bien la routepour l’artwork. Quoiqu’on en dise, le renouvellement est là : un son différent. Mutatis mutandis. Effacés les sons abrasifs et rugueux, incisifs de ‘Born This Way’. Place à des mélodies, toujours synthétiques, mais relativement différentes de celles produites jusqu’à présent. De petites perles parsèment ce disque, entre l’éponyme ‘artPop’, le génial ‘Do What U Want’, à la basse robotique, midtempo redoutablement bien ficelé. Je ne sais pas qui a eu l’idée géniale de ressortir R. Kelly des poubelles, mais c’était bon : le duo ‘Do What U Want’ fonctionne parfaitement et ce sans l’appui du clip et de la controverse furieuse qui l’accompagne, entre R. Kelly et Terry Richardson… Clip bien vite censuré. Si vous le recherchez, attention, c’est, hum, très NSFW… Une version cul de ‘Number One’ de Goldfrapp, pour les références présentes du clip. Les suaves ‘Aura’ et ‘Venus’. Quelques rares et jolies ballades – ‘Dope’ en tête – passent ça et là. Un titre fabuleux, ‘Donatella’, hommage à sa nouvelle BFF Donatella Versace, uptempo de premier choix, achèvera de vous ravir : énergie communicative, basse rebondie et vrombissante, paroles bitchy, ironiques et drôles ; ce serait un parfait morceau pour l’été, si on ne s’en tenait qu’aux paroles ‘What do you wanna wear this spring? (…)’. On a même droit à une incursion dubstep / crunk, plutôt réussie, sur ‘Jewels ‘N’ Drugs’, ce qui a au moins le mérite de populariser le genre, plutôt confidentiel dans les grands médias. Lady Gaga et sa nouvelle équipe s’éloignent de leurs sonorités synth-pop habituelles et se proposent de renouveler leur format musical en nous servant un nouveau style auquel elle ne nous avait pas encore habitués, prouvant là encore une fois sa capacité à se renouveler, fût-ce au prix d’emprunts parfois plutôt voyants. Le disco-funk est de la partie sur ‘Fashion!’, pour un titre que ne renieraient pas les grands labels du genre. ‘Mary Jane Holland’, au titre explicite, titre midtempo et véritable ode au cannabis, fait partie des grandes réussites de ce disque. L’album se termine sur le beau titre ‘Applause’, un titre sur les affres de la célébrité.

Lady Gaga 'artPop'

Lady Gaga ‘artPop’

 Il s’agit selon toute vraisemblance moins de lui reprocher quelque chose mais de lui reprocher

Comme pour certains artistes, il semble surtout que le reproche principal qu’on lui fasse soit finalement celui de ne pas créer. Il s’agit selon toute vraisemblance moins de lui reprocher quelque chose mais de lui reprocher*. Faux procès. Il se murmure qu’un volume 2 d’‘artPop’ serait prêt et pourrait sortir prochainement. Il est permis d’en douter tant, en termes commerciaux, l’album a peiné à convaincre le public et n’a, hélas, finalement pas pas convaincu le grand public, malgré ses qualités musicales évidentes et des scores de vente plus qu’honorables, mais pas pour une artiste de l’envergure de Lady Gaga. C’est en tout cas le point de vue de sa maison de disques, Interscope, étrillée à mots et images couvertes dans le clip ‘G-U-Y’. Hommage évident à la mode des textes aux collaborateurs embarqués dans le projet, Inez & Vinoodh, Donatella Versace etc.– ça ne pouvait que nous plaire à Amagzine !, ce disque est cohérent de A jusqu’à Z. Loin d’un disque foutraque et brouillon, il fourmille au contraire de mille idées à découvrir au fur et à mesure qu’on l’écoute et le réécoute. 4/5. Sincère. Read more:

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Lady Gaga by Inez van Lamsweerde & Vinoodh Matadin

Lady Gaga by Inez van Lamsweerde & Vinoodh Matadin

* D’après Christine Angot, chez Laurent Goumarre, « A Voix Nue ».

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Catégories : Actu, Musique

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